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Les matières
médicales naccordent à ce remède que quelques lignes, cest pourquoi il est
peu connu et se trouve rangé parmi les centaines de « petits remèdes » à
usage exclusivement symptomatique. Le Dr Cooper, qui la introduit dans la
pharmacopée, donne comme indication principale : « végétations avec
amygdales hypertrophiées, surtout lors de la dentition ». De fait, il sagit
dun remède dont la symptomatologie est largement centrée sur la sphère ORL, les
symptômes mentaux demeurant très succincts. Dès lors, pourquoi sintéresser à un
tel remède, surtout en labsence de cas cliniques ? Si les données
pathogénésiques sont pauvres, celles relevant de la mythologie et de la symbolique
permettent déclairer dune manière différente les quelques indices que nous
possédons.
I. DESCRIPTION
Il nest pas toujours
aisé didentifier Agraphis nutans en raison de la multiplicité de ses
appellations : Scilla nutans, Scilla non-scriptus, Hyacinthus non-scriptus,
ou encore Endymon penché. Il sagit en fait de la jacinthe sauvage, dite
aussi jacinthe des bois ou des prés. On disait hyacinthe en vieux français. Cest
une plante bulbeuse, de la famille des liliacées, dont la floraison commence au début
avril pour sachever à la fin mai. Cest une espèce vivace, cest
pourquoi on retrouve la jacinthe aux mêmes endroits dune année à lautre
dans les forêts, les sols sablonneux et les lieux abrités. Sa répartition sétend
depuis la partie occidentale de lEurope (Espagne et Angleterre, sauf Ecosse et îles
Orcades) jusquau centre de la France et au littoral méditerranéen (Italie) à
lest.
La jacinthe sauvage est
pourvue de feuilles très longues (20 à 45 cm) et très étroites (0,7 cm). Le bulbe, de
petite taille (2 à 3 cm) et de forme ovoïde, donne naissance à une hampe florale qui
porte une rangée simple de clochettes, généralement de 4 à 12. Le périanthe, qui
correspond au calice et à la corolle confondus, comporte six pétales de couleur
bleu-violet, exceptionnellement rose ou blanc. La tige se courbe sous le poids des
clochettes lors de la floraison. Celles-ci regardent alors vers le sol en prenant
lapparence de cylindres verticaux aux bords légèrement recourbés. Quand le vent
les agite, les clochettes se mettent à osciller de bas en haut, doù
ladjectif nutans, qui signifie en latin faire un signe de la tête, hocher la
tête (nuto, as, are).
La plante exhale une discrète
odeur qui rappelle lamidon, mais il sagit en réalité dinuline. Ce
liquide visqueux, contenu dans les bulbes et les autres parties de la plante, était
autrefois utilisé comme substitut de lamidon, en particulier pour empeser fraises
et collerettes. On sen est servi aussi pour fixer lempennage des flèches et
relier les couvertures des livres. Les bulbes contiennent enfin une quantité appréciable
de mucilage. Si les bulbes présentent une certaine toxicité à létat de
fraîcheur, les racines, une fois séchées et réduites en poudre, possèdent des
propriétés balsamiques qui nont pas été encore entièrement explorées. On leur
connaît surtout un rôle diurétique et astringent.
Sur le plan lexical, le
synonyme Scilla nutans précise simplement la proche parenté de la jacinthe
sauvage avec la scille (Scilla, en homéopathie). Quant à lautre adjectif
non-scriptus nous verrons plus loin à quoi il se rapporte. Mais
revenons à la jacinthe et au héros grec auquel elle doit son nom, Hyakinthos.
II.
MYTHOLOGIE ET SYMBOLISME
Comme pour ladonis et le
narcisse, la mythologie antique regarde la jacinthe comme une fleur née de la mort
dun jeune homme, cest pourquoi elle a été appelée « fleur de chagrin
et de deuil ». Le poète latin Ovide a rapporté dans ses Métamorphoses la
légende de Hyakinthos, en enrichissant les récits de ses précurseurs grecs Euripide et
Apollodore.
Hyakinthos était un beau
jeune homme de la cité de Sparte, dont Apollon, le dieu du Soleil, et le poète Thamyris
furent tous deux amoureux. La légende affirme que ce furent les premières amours
homosexuelles. Lors dune compétition poétique, Apollon fit par jalousie perdre
voix et mémoire au poète, qui ne les retrouva que parce que Zéphyr, le dieu du vent
douest, intervint pour les lui rendre. Mais Zéphyr succomba à son tour au charme
du jeune homme. Voyant que celui-ci lui préférait Apollon, il chercha alors à se
venger.
Un jour quApollon et
Hyakinthos jouaient aux palets, Zéphyr détourna par son souffle la trajectoire du palet
quApollon venait de lancer. Le projectile vint frapper Hyakinthos à la tête et le
jeune homme mourut. Accablé de chagrin, Apollon fit naître du sang de ladolescent
une fleur pourpre sur les pétales de laquelle il traça les lettres a? a? qui
signifient ah ! hélas ! afin que sa douleur se répande à jamais
sur la terre.
En réalité, la légende de
Hyakinthos ne correspond probablement pas à la véritable jacinthe, car non seulement la
couleur des pétales diffère, mais encore la jacinthe ne pousse pas en Grèce ! La
tradition a en fait associé cette fleur à la jacinthe des Anciens, la fleur du chagrin
et du deuil, cest pourquoi Linné lui donna le nom de Hyacinthus. Quant à
ladjectif latin non-scriptus (non-inscrit), il fait référence aux pétales
qui ne portent plus le cri de douleur du dieu. Le mot grec agraphis a exactement la
même signification (a??af??).
La matière médicale de
Murphy associe le remède à la planète Mercure, sans quon puisse déterminer si
cette indication provient de Clarke, de Cooper ou de lauteur lui-même. Force est de
constater que la symbolique astrologique de Mercure se retrouve de façon marquée tout au
long du mythe de Hyakinthos.
Mercure est par essence le
symbole du double, tout comme le signe double des Gémeaux dont il a la maîtrise. Or il
apparaît ici sous un double aspect : il est à la fois ladolescent dont
séprennent les dieux Mercure représente ladolescence et
Zéphyr, le vent douest, car Mercure symbolise lair et les courants
dair. Cette planète, qui est la plus proche du Soleil (cf. Apollon), gouverne
essentiellement les fonctions déchange avec le milieu, notamment la respiration, le
langage et la communication en général.
Si le symbolisme solaire
dApollon est acquis, on peut sinterroger sur la signature astrologique de
lhomosexualité, puisquelle se trouve représentée ici sous une forme
originelle. Or il se trouve que lhomosexualité masculine a longtemps été
désignée sous le nom duranisme, ce qui fait directement référence à la planète
Uranus. Si cette planète est en effet presque toujours impliquée dans
lhomosexualité, elle montre aussi lhomme cherchant à transcender sa propre
nature et à saffranchir des lois divines. Souvent elle représente les événements
soudains, rapides et imprévisibles, qui viennent bouleverser les desseins et le destin
des hommes : elle peut alors symboliser lirruption de lesprit ou la
foudre tombée du ciel. On en retrouve bien sûr la marque dans lissue tragique du
mythe, ainsi que dans la forme même du palet ou du disque.
Ce mythe est remarquable
dune part en ce que toute polarité féminine en est absente, et dautre part
en ce quil préfigure lambivalence du masculin et du féminin présente en
chacun de nous. Mais cette ambivalence ne caractérise-t-elle pas précisément la
période de ladolescence au cours de laquelle sélabore lidentité
sexuelle ?
III.
MATIERE MEDICALE
Mental
peu enclin à parler ou à la conversation,
désir dêtre silencieux, taciturne : 1er degré
euphorie : 1er degré
Audition
baisse de laudition : 2ème
degré
baisse de laudition avec amygdales
hypertrophiées et végétations adénoïdes (souvent au moment de la dentition) : 1er
degré, 17 remèdes
perte de laudition : 1er
degré
Oreilles
- catarrhe de la trompe dEustache :
1er degré, 50 remèdes
Nez
végétations : 2ème
degré, 56 remèdes
coryza avec écoulement : 1er
degré
coryza provoqué par le vent froid et
sec : 1er degré, avec acon. (3e) et spong. (2ème)
obstruction : 1er degré
polypes : 1er degré, 59
remèdes
Didier Grandgeorge donne comme
symptôme complémentaire : « lenfant respire la bouche ouverte et bave
sans cesse. »
Gorge
- affection des végétations : 2ème
degré, 19 remèdes dont calc-f., calc-i., calc-p., sanguin-n.
(sanguinarinum nitricum) et thuj. (2ème degré).
- amygdales hypertrophiées : 1er
degré, 63 remèdes
Rectum
- diarrhée après catarrhe ou
coryza : 1er degré, avec rumx. (1er) et sang. (2ème)
- diarrhée après boissons froides : 1er
degré, 47 remèdes
- diarrhée après avoir eu froid ou avoir
pris froid : 1er degré, 46 remèdes
- diarrhée muqueuse après suppression de
coryza : 1er degré, avec asar-c. (asarum canadense)
- diarrhée après suppression de
refroidissement : 1er degré, remède unique
- diarrhée après exposition au vent
froid : 1er degré, avec acon. (2ème) et dulc.
(2ème)
Langage et voix
- retard de langage chez
lenfant : 1er degré, remède unique
Sommeil
Refroidissement
- refroidissement dû au vent froid : 1er
degré, remède unique
Généralités
- catarrhe : 1er degré
- tendance à prendre froid : 1er
degré
- préfère le soleil au vent
- mutisme chez lenfant non relié à une
surdité : 1er degré, remède unique
- amélioré à labri : 1er
degré, remède unique.
IV. SYNTHESE
Autour de quels thèmes
peut-on regrouper ces quelques symptômes, et en quoi reflètent-ils le mythe de
Hyakinthos et la symbolique quon lui a rattachée ? Il sagit de toute
évidence dune problématique liée à Mercure, comme le suggérait déjà Robin
Murphy, puisque les fonctions symboliques de cette planète se trouvent ici contrariées
ou empêchées. Cette problématique sarticule en effet autour de deux axes
correspondant à des attributs mercuriens : le vent et les échanges.
A.
Laggravation par le vent
Le vent, surtout
lorsquil est froid, provoque du coryza (3 remèdes), de la diarrhée (3 remèdes),
des refroidissements (RU). Le sujet cherche alors à se mettre à labri (RU) et
préfère de toute façon le soleil au vent. Nest-ce pas là une lumineuse
illustration de ce que Hyakinthos préférait Apollon à Zéphyr ?
B. Le blocage des
échanges
Sur le plan
respiratoire
Léchange aérien se
fait mal en raison de lhypertrophie des végétations, de la présence de polypes,
du coryza et du nez bouché, qui empêchent le sujet de respirer librement. A noter que
les végétations, de même que les amygdales, remplissent une fonction immunitaire qui
consiste à prévenir les infections respiratoires.
Sur le plan de la
communication
Il refuse de parler (retard de
langage chez lenfant, mutisme, peu de goût pour la conversation), mais aussi
dentendre (diminution, voire perte de laudition, catarrhe auriculaire)
CONCLUSION
Ce que le sujet refuse, ou
quil ne peut assumer, cest léchange collatéral
« horizontal » avec lautre, cest-à-dire son semblable, tel
quon peut le vivre dans une fratrie ou, mieux, dans une relation gémellaire (cf.
Mercure et les Gémeaux). Refusant ainsi la relation déchange symbolisée par
lélément air, il ne fait que sexprimer « verticalement » en
déversant lélément qui donne la vie, leau : il a du coryza, de la
diarrhée, des écoulements auriculaires. En astrologie, leau est symbolisée par la
Lune et le signe du Cancer, significateurs de la mère.
Par ce processus de blocage
des échanges, le sujet cherche en effet à revenir à létat de béatitude
indifférenciée éprouvé pendant la vie ftale et le premier stade de la vie, ainsi
que le montrent « leuphorie » et lamélioration « à
labri ». Il ne peut effectivement y avoir déchange véritable à ce
stade de développement puisquil nexiste pas de conscience de lautre en
tant que sujet. Bien plus, létat que décrit Agraphis nutans semble
correspondre à un monde où lautre nexiste pas : aucun symptôme
ny fait référence. Selon toute vraisemblance, Agraphis nutans est un
remède du stade oral et paraît donc relever de la dynamique psorique.
Aucun élément de la
pathogénésie ne vient suggérer lidée dhomosexualité. On peut toutefois
faire observer que la symptomatologie mentale est réduite à sa plus simple expression et
que le sujet-type na pas encore atteint la puberté. Quest-ce donc qui
empêche Agraphis nutans de simpliquer dans la relation à
lautre ?
En astrologie, Mercure
représente les frères plus jeunes, et de manière générale les collatéraux :
frères et surs, cousins et cousines ; il désigne également les camarades,
cest-à-dire ceux qui se trouvent sur le même plan que soi. On sait par ailleurs
que le Soleil est le symbole du père. Peut-être le mythe de Hyakinthos, élargi au-delà
de sa dimension sexuelle, invite-t-il à sinterroger sur les modifications qui
viennent affecter chez lenfant la relation au père lors de la naissance dun
petit frère (ou dune petite sur), ce dernier étant alors identifié à
Zéphyr, « lautre soi-même » qui cherche à supplanter laîné
aux yeux du père. Un tel vécu non résolu pourrait alors se traduire par un renoncement
à la relation à lautre et à lamour du père pour tenter de trouver refuge
en soi-même, dans lindifférencié primordial, puis à lâge adulte de donner
lieu aux pulsions homosexuelles immortalisées par le mythe de Hyakinthos.
REFERENCES
- Synoptic Materia Medica II, Frans
Vermeulen, Merlijn Publishers, 1996
- Concordant Materia Medica, Frans
Vermeulen, Merlijn Publishers, 1994
- Encyclopédie des Symboles, Librairie
générale française, 1996
- Lesprit du remède homéopathique,
Dr Didier Grandgeorge, Edicomm, 1992
- A Modern Herbal, M. Grieve,
http://www.botanical.com
- Logiciels Mac Repertory et Radar.
Remerciements aux Drs Michel
Zala et Philippe Vois.
- Un palet est une petite pierre plate et
ronde avec laquelle on vise un but. (Petit Robert)
- Il existe une variante : alors
quApollon instruisait Hyakinthos dans lart de lancer le disque, le vent
Zéphyr rabattit le disque sur Hyakinthos qui eut la tête tranchée.
- Les deux lettres a? débutent aussi
le nom dAjax. Or il se trouvait près de Sparte un temple consacré à Hyakinthos et
à Ajax, lAmykleion, dans lequel se trouvait le tombeau du jeune homme. On
célébrait tous les ans en juillet et pendant trois jours des fêtes rituelles avec
processions, sacrifices et festins.
- La formule est dAnnick de Souzenelle.
Didier Lustig - Mars 1998 |
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