d'autres articles...

Homeopathes de l'an 2000 : Donnons nous les moyens d'être efficaces - Didier Grandgeorge
d'autres articles... La médecine n'est pas une science exacte, mathématique. La médecine est un art avec tout ce que cela comporte de technique bien sûr, mais aussi de sentiment, de savoir-faire, de flair, de "feeling".

Au sein de la médecine, l'homéopathie est une discipline qui exalte au plus haut point ce côté artistique.

Après 25 ans passés à naviguer dans ce vaste monde de l'homéopathie, voici quelques idées-forces, pour assurer au débutant l'accès à cette médecine suffisamment riche et subtile, pour être à la fois celle du XIX ème siècle et celle du troisième millénaire.

Nous verrons successivement comment connaître et pratiquer l'homéopathie.

Connaître l'homéopathie

L'art de guérir par l'homéopathie s'apprend, cet apprentissage demande une technique rigoureuse. La matière médicale est riche de milliers de remèdes, qui ont chacun des milliers de symptômes.

Comment mémoriser tout cela ? Cette tâche paraît a priori impossible, et beaucoup de praticiens ont essayé de s'en tirer honorablement, en simplifiant les matières médicales par des tableaux typiques mais forcément réducteurs, en limitant le nombre de remèdes utilisés à 40 voire 60 polychrestes, en utilisant des recettes, formules toutes prêtes adaptables dans la plupart des cas. Alors il ne faut pas s'étonner que le résultat obtenu soit médiocre, et que beaucoup d'ordonnances "homéopathiques" se terminent par des remèdes allopathiques. Il faut absolument éviter de suivre cette voie-là, si nous voulons tirer de l'homéopathie toutes les merveilles qu'elle peut nous offrir.

La bonne méthode est donc d’utiliser tous les remèdes avec tous leurs symptômes si précis, si fins, si individualisés.

La technique qui permet cela est évidemment le répertoire, dont la référence est le Kent, que l'on trouvera actuellement dans toutes les langues et même sur informatique. Différents répertoires en sont dérivés, avec les ajouts de nombreux auteurs contemporains (ex. répertoire de Murphy...).

L’utilisation du répertoire est donc incontournable. Mais là encore il faut une technique pour s'en servir -. Ce qui importe ce sont les symptômes les plus frappants, les plus rares, les plus inusités nous dit Hahnemann dans l'Organon. Ces symptômes-clefs sont les rubriques répertoriales qui contiennent peu de remèdes (15 maximum).

Au lit du malade, si on a une telle rubrique pour débuter un cas, cela devient un jeu d'enfant. Par exemple, un père de 40 ans est en arrêt de maladie depuis 6 mois pour une sciatalgie chronique, malgré toutes les ressources de la médecine allopathique. Il risque de perdre son emploi et c'est la catastrophe pour sa famille à laquelle il rapporte l'unique salaire. Il m'a fallu 5 minutes pour trouver le remède qui lui permit en quelques jours de retrouver une pleine forme. En effet, il m'a d'emblée dit que la seule position où il ne souffrait pas était la position assise. Un coup d’œil dans le répertoire de Kent "sciatique améliorée en position assise" est une rubrique de 3 remèdes : Gnaphalium, Guajacum et Kalium-iodatum.

Or cet homme de 40 ans se présente avec des cheveux totalement gris "à 15 ans j'avais déjà des cheveux blancs" me dit-il. Un coup d’œil à la rubrique "cheveux prématurément gris" et le seul remède possible est Kalium-iodatum. "y-a-t-il des gens qui ont des problèmes de thyroïde dans la famille ?" "Moi-même docteur, on m'a trouvé récemment un nodule thyroïdien. Cela confirmait Kalium-iodatum que je prescrivais en 9-12 puis 15 CH doses à 1 semaine d'intervalle. Dans les 8 jours qui suivirent il remarchait sans problème.

Donc il faut repérer dans le Kent les bonnes rubriques, courtes et bien valorisées.

Pour cela l'idéal est de faire au moins une fois le travail suivant : tourner à la main toutes les pages du répertoire et y repérer. Pour un remède donné, toutes les petites rubriques intéressantes. J'ai fait cela autrefois pour Silicea, sur l'injonction de R.Bourgarit.

Depuis 20 ans à l'Ecole Hahnemannienne de Fréjus, je demande à chacun de faire ce travail sur un remède dans l'année. Les bénéfices en sont considérables. Ces travaux sont publiés dans "L'homéopathie exactement", tomes 1 à IV chez Edicomm. Bien sûr on peut continuer ce travail avec des extractions informatiques d'un remède (ex. Programme Radar).

Par exemple une année nous avons extrait Mezereurn que Valette nous avait présenté comme "le" remède de la sinusite maxillaire bilatérale (2 doses en 15 CH à 48 heures d'intervalle font merveille dans cette indication).

Je repère les symptômes suivants, dents rugueuses à cause du tartre (K446) Mezereum seul remède au 2ème degré.

Un jour des parents me conduisent un enfant de 8 ans pour des douleurs abdominales chroniques. lis sortent de l'hôpital de Fréjus où le bilan pratiqué s'est révélé négatif. Une infirmière du service de pédiatrie leur conseille de me voir en sortant. Pendant qu'ils me racontent cela, je remarque que les dents de l'enfant sont remplies de tartre. ce qui est rare à cet âge. Je pense donc à Mezereum et leur demande si dans le bilan hospitalier il v avait une radio de sinus : non ! Je les envoie aussitôt chez le radiologue du coin - sinusite maxillaire bilatérale ! Grâce à l'homéopathie, au Kent, à la connaissance des petites rubriques, les solutions pour le diagnostic et la thérapeutique sont là en quelques instants...

Les matières médicales sont multiples, pathogénétiques (Allen, Hering, Mure...) ou synthétiques (Guermonprez...). Au bureau il faut avoir sous la main une petite matière médicale facile à consulter, mais présentant néanmoins le maximum de remèdes. Ce tour de force est réalisé par la matière médicale de Boericke qui ne me quitte jamais. En dernière analyse, quand on hésite entre quelques remèdes, il est bon de la consulter sur le champ.

Récemment, le fin du fin, apporter par la nouvelle recherche et l'esprit du remède homéopathique qui nous ouvre la clef de la problématique inconsciente sous-tendant la maladie. Cette connaissance permet au thérapeute de toucher le sommet de son art, en accédant aux vraies raisons qui provoquaient les symptômes du patient. Par exemple, dans le cas ci-dessus, quand on a étudié Mezereum, on a compris que les sinus maxillaires représentent l'orientation dans l'espace, et que ce remède est celui des gens désorientés, le "must" est de poser la question suivante :"avez-vous déménagé récemment ?". Et là vous voyez la famille vous expliquer qu'ils viennent de s'installer dans le midi, qu'ils habitaient autrefois le nord de la France : leur enfant qui a perdu son école, sa maison, ses copains, a donc perdu "le nord" et souffre de sinusite, et vous voilà même en train de leur expliquer que "si"nus"ite" bien que nus, va ! Il ne faut pas regretter d'avoîr tourné la page, de s'être débarassé de ses vieilles peaux, qu'il faut aller de l'avant !

La consultation devient un lieu enchanteur d'écoute et de verbe où se dénouent les drames...

Vous comprendrez que la récompense est une vie où, pas une minute, vous ne vous serez ennuyés et qui rendra comme le dit Hahnemann dans la préface de l'Organon votre coeur "trois fois heureux". C'est à dire heureux dans les trois dimensions de l'Amour :

Amour de soi-même, on dit "je", dans le plaisir de la réussite, dans cette recherche des clefs des énigmes ...

Amour du cercle familial, on dit "nous", car les patients abondent et vous donnent une vie confortable

Amour universel, on dit "eux" dans cette activité qui aide les créateurs à maintenir en bonne santé nos frères humains et nos amis les animaux.


Accueil Quotidienne

...Accueil Secrétariat

On aura choisi un lieu accueillant et suffisamment spacieux. La (ou le) secrétaire est indispensable - épargnez-vous les 6 à 7000 coups de fil par an pour la prise de rendez-vous, sans compter les petits conseils au quotidien ! Il faut former la secrétaire à donner Dulcamara quand il pleut, Aconit si c'est le mistral ou Arnica quand l'enfant est tombé.
Deux mauvaises raisons peuvent vous empêcher de vous offrir un secrétariat :

1)
une secrétaire coûte cher - d'accord, mais voyez le temps et l'énergie économisés, le confort et l'efficacité d'une consultation qui n'est pas interrompue, le plaisir d'avoir créé un emploi passionnant, plein de responsabilités et de contacts humains... tout ce qui n'est pas donné est perdu selon un proverbe indien et, "qui perd, gagne". Votre énergie n'a pas de prix et est le garant de votre réussite.

2) vous ne pouvez pas déléguer à quelqu'un d'autre la responsabilité de donner les remèdes à vos patients - revoyez votre copie, vous n'êtes pas Dieu le père, parfois c'est la secrétaire qui va trouver, sur un cas aigu, le remède de fond !

Une mère téléphone pour avoir un rendez-vous rapide pour son bébé âgé de 9 mois couvert d'eczéma. Ma secrétaire, Marie-France Escalle, a devant elle un carnet plein pendant plusieurs semaines
- "Donnez-nous quelque chose en attendant" demande cette mère.
-
"Comment s'est passée votre grossesse?"
- "Très perturbée car mon mari est militaire et nous avons déménagé 3 fois".
-
"Bien, donnez à votre bébé une dose de Capsicum 15 CH".

Deux mois plus tard je vois cette famille "nous venions pour de l'eczéma Docteur, mais avec la dose que nous a conseillée votre secrétaire, tout a disparu très rapidement" ! Et le résultat a tenu (plusieurs années de recul - une petite rechute jugulée par Psorinum à 18 mois).

J'ai appris cela en Afrique, travaillant comme seul médecin dans un hôpital de brousse. L'infirmier qui me secondait, Romuald Njengé, avait un diplôme "d'aide soignant". C'était un être intelligent, sensible. Les circonstances de la vie ne lui avaient pas offert la possibilité de faire des études plus poussées. Mais il avait appris sur le tas, était excellent en chirurgie (césarienne, hernie). Pour ma part je lui ai appris à perfuser les bébés et il retenait tout à merveille, si bien qu'en quittant mon poste je lui ai légué toute ma bibliothèque médico-chirurgicale. De toute façon s'il avait été diplômé Docteur en médecine à l'époque, il ne serait pas resté en brousse et aurait été ministre dans la capitale !

...Honoraires

L'échelle sociale est une pyramide. Si les honoraires sont très élevés vous ne touchez que le sommet de cette pyramide.

Or nous avons besoin de la base : ce sont les "petites gens" qui nous apprennent notre métier. Ils sont souvent simples, directs, lumineux, reposants, amusants.
"Docteur mon fils a un ganglion à la haine".
"Docteur j'ai un chat dans la gorge, vous n'auriez rien pour ma toux".
"Docteur j'ai toujours eu la peau granitée, mais depuis que je suis entré à la police, tout va bien".

Et vous voudriez vous couper de ces perles. Vox populi-Vox Dei !!

...La consultation

Avec des honoraires au ras des pâquerettes, il faut voir beaucoup de gens, donc travailler vite. C'est possible , Kent disait qu'on pouvait voir 30 personnes dans la journée sans se fatiguer. L'astuce consiste à poser le moins de questions possibles : tout est dans l'écoute. Dans les 5 premières minutes il est rare que trois symptômes suffisants pour prescrire ne sortent pas spontanément. Sinon passer à l'examen clinique. En observant le corps, de bons symptômes vont surgir, par exemple des taches café au lait (Carcinosinum) ; un pied chaud, l'autre froid (Lycopodium?) ; transpiration copieuse des mains (Silicea, Nitric-acid...)

Une règle d'or pour la consultation -.

Quand les patients viennent pour des symptômes mentaux, passez rapidement à l'examen clinique et prescrivez sur les symptômes physiques.

S'ils viennent pour des symptômes physiques, voyez les symptômes mentaux !

En fait plus on progresse, moins on pose de questions et plus on écoute.

...La Prescription

Evitez de donner plusieurs remèdes à la fois car vous n'apprendrez rien. Il faut voir marcher un remède pour mieux le sentir ensuite. Au début, quand on a le temps, il faut faire revenir les malades quelques jours ou quelques semaines après la prise du remède pour juger l'effet. Par la suite quand l'agenda de rendez-vous est bourré pendant plusieurs mois, l'expérience aide à prévoir l'évolution et des suites éventuelles de remède.

Par exemple si on décide de donner tel remède de fond à un malade, on se pose au préalable la question suivante : y-a-t-il un remède à donner avant pour "lever un barrage" qui nuirait au bon effet du remède? S'il vient de recevoir une IDR 10 U de tuberculine, donnez d'abord Tuberculinum 15 CH, puis 10 jours après commencez le remède de fond ...

...Le Choix des Dilutions et Dynamisations

"Tout homme qui n'a pas changé avant 40 ans ne changera jamais" disait Confucius il y a 2600 ans. 40 ans est la frontière à partir de laquelle on s'incarne trop pour supporter directement des hautes dilutions. Après 40 ans il vaut mieux débuter avec des doses matérielles (en dessous de 12 CH) et monter après vers les hautes dynamîsations.

...Le suivi du cas

La loi de Hering est la règle d'or pour suivre l'évolution des malades. Quand cela va mieux, l'évolution se fait de l'intérieur vers l'extérieur, du haut vers le bas et par le retour d'anciens symptômes. Toute évolution différente est suspecte d'erreur de prescription. On peut alors antidoter (voir les tableaux de R. Gibson Miller sur les relations entre remèdes).
Quand les malades ne reviennent jamais, ne vous désespérez pas, positivez : ils sont sans doute guéris, pas de nouvelles, bonnes nouvelles !
Si les cas ne progressent pas, posez-vous les questions suivantes :

  • le diagnostic clinique est-il correctement établi ? Faut il pratiquer des examens complementaires ?
  • Je n'ai pas de bons symptômes pour prescrire -. malade secret ? (carc, nat-m, mur-acid, ign, cyclamen ... ).
  • y-a-t-il un barrage ? (vaccins, fluor ... ).
  • Me suis-je suffisamment penché sur l'histoire de la grossesse, sur l'histoire familiale, ou collective (inconscient familial, inconscient collectif : le même remède sera nécessaire sur plusieurs générations ou plusieurs membres d'un groupe d'individus).
  • Faut-il s'aider d'une autre approche (psychologue, kinésiologue, ostéopathe etc ... ) ?

Dans les Cas extrêmes, si vous êtes dans le brouillard complet, n'hésitez pas à demander de l'aide. Priez pour vos malades ! La meilleure prière que j'ai trouvée dans ces cas-là est celle du Centurion dans l'Evangile - "dîtes seulement une parole et il sera guéri". Souvent dans les minutes qui suivent, on vous sort une phrase-clef qui vous permet d'accéder au bon remède.


Notre forme physique et intellectuelle

La forme physique et intellectuelle requise pour réussir votre vie profesionnelle justifie que votre premier client soit vous-même.

Soyez exigents sur votre hygiène de vie - les abus vont nuire à la qualité de votre écoute. Prenez les vacances nécessaires pour vous oxygéner le corps et l'esprit ... réglez vos propres problèmes personnels, familiaux, pour être dans l'harmonie.

Si vous êtes fatigués au cours d'une consultation,
stop ! Introspection immédiate -. avec qui étiez-vous, de quoi parliez-vous ? Ce qui vient de vous déstabiliser est un de vos problèmes non résolus. En agissant de la sorte, et avec l'aide de l'homéopathie vous serez vite débordant d'énergie pour vivre pleinement vos journées de travail.


Le médicament homéopathique

Est-il bien préparé, n'a-t-il pas souffert (exposition à des radiations en passant à l'aéroport par exemple ... ), est-îl disponible et où (problème des nosodes actuellement "suspendus" en France) ?

Il est bon d'avoir au cabinet une petite réserve pour dépanner les cas urgents et de bonnes adresses pour certains remèdes, certaines dynamisations rares (par ex. les très hautes Korsakovionnes, les LM) ...


La recherche et l'enseignement

L'homéopathie étant une médecine individualisée, la recherche du type double-aveugle présente des difficultés qui doivent être surmontées. Pour la prescription de base, il est bon de s'intéresser à la recherche et de faire soi-même à l'occasion, des pathogénésies - cela permet de comprendre l'action d'un remède et, qui sait, de tomber parfois sur nos remèdes de fond, car le hasard fait bien les choses.

L'homéopathe doit rester un être en recherche car le champ de connaissance est infini et, comme nous le dit encore Hahnemann "quand il s'agit d'un art sauveur de la vie, négliger d'apprendre est un crime".

Restez toujours en contact des groupes de travail, écoutez les autres, participez à des congrès, faites vous-mêmes des exposés, adonnez-vous à l'enseignement et vous serez au top de la réussite.


En Conclusion

Après ce tour d'horizon de la pratique homéopathique, nous comprendrons qu'il ne tient qu'à nous de nous donner les moyens d'être efficaces. Cette discipline, ardue pour le débutant, deviendra au fil du temps de plus en plus facile, rapide et efficace. Comme le pianiste virtuose, les journées seront alors pleines de plaisir à se jouer des maux et des mots, dans cet espace d'échange unique que représente le secret de la consultation.

Homéopathes de l'an 2000, j'ai confiance en vous et vous adresse tous mes meilleurs voeux de réussite et de félicité dans cette voie merveilleuse.

Didier Grandgeorge, Fréjus, FRANCE

Ecole Hahnemannienne de Fréjus-St. Raphaël - 362 Rue du Suveret - 83600 Fréjus - FRANCE